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Écrit par Yves-Fred Boisset   

SECTES, SOCIÉTÉS SECRÈTES

ET SOCIÉTES INITIATIQUES

LA SYNARCHIE

On sait qu'entre les deux guerres qui éclaboussèrent le XXe siècle et plus exactement dans les années trente un vaste complot a menacé les institutions républicaines de notre pays. Par un jeu d'alliances plus souvent objectives que sincères, des individus issus des mi­lieux de la haute bourgeoisie, de l'armée et de l'Église se sont rencontrés dans le dessein de renverser la République et de lui substituer un ordre nouveau fondé sur un pouvoir élitiste. Les cagoulards, les Croix de Feu, les maurassiens de « l'Action française » et autres réactionnaires œuvraient en ordre souvent dispersé à la venue d'une Révolution par le haut qui débarrasserait notre « belle nation chrétienne », vous savez : celle de saint Rémi, de Jeanne d'Arc et de Philippe Pé­tain, de ces indésirables qu'étaient les juifs, les francs-maçons, les bolcheviques et j'en oublie sans doute.

C'est dans ce contexte à la fois ridicule et dangereux dont les protagonistes compenseront leur échec de 1934 dans la débâcle de 194O et dans l'instauration d'un État collaborationniste et bien-pensant que se déve­loppa, à l'instigation d'un quarteron de polytechniciens et de diplômés des grandes Écoles (qu'on n'appelait pas encore des technocrates), le « Mouvement synarchiste d'Empire », M.S.E. en abré­gé.

Si ce M.S.E. entre dans le cadre du présent article sur les sectes, sociétés secrètes et sociétés initiatiques, c'est justement parce qu'il s'organisa en société secrète politique arborant, comme c'est généralement l'usage, le masque trompeur de la recherche philosophique. Les membres cooptés dans un cercle très réduit et très sélectif s'engageaient par un serment prêté au cours d'un simulacre initiatique à servir la cause du mouvement qui s'était donné pour mission :

« d'instaurer un régime dans lequel tous les pouvoirs seront concentrés entre les mains du grand patronat et des représentants de groupes bancai­res spécialement désignés pour chaque pays ;

« de placer le pouvoir politique directement entre les mains de mandatai­res de groupes intéressés, afin d'éliminer tout parasitisme intermédiaire ;

« d'enfermer l'ouvrier dans un cadre juridique et social ne permettant plus aucune action extrémiste ou même revendicatrice de sa part. »

Le caractère de société secrète politique de cette organisation est attesté par Pierre Nicolle, fonctionnaire vichyste, qui, le 12 août 1941, rédigeait cette note confidentielle :

« Le Mouvement Synarchique, que certains n'ont pas pris au sérieux, est une véritable entreprise d'intrigues et de complots. »

Je ne suis pas certain que ces comploteurs ou leurs descendants aient re­noncé à leurs desseins fumeux. Le grand patronat, le haut fonctionnariat, les poli­ticiens de haut et moyen vol, n'ont peut-être pas abdiqué toute velléité de s'empa­rer d'un pouvoir que, dans notre système démocratique, ils doivent partager de plus ou moins bon cœur. Dans les arrière-boutiques sacristaines des beaux quar­tiers, dans les antichambres feutrées des cabinets ministériels, dans les sympo­siums restreints des états-majors financiers, rien n'interdit de craindre que, entre les diaporamas et les petits fours, ne se croisent des regards qui en disent long, bien plus long que les discours lénifiants vomis par nos téléviseurs.

L'OPUS DEI

Ayant le complot chevillé au corps depuis ses origines sectaires, le catholicisme romain a déployé des trésors non négligeables d'énergie et d'imagination aux fins de susciter la naissance de sociétés secrètes maquillées du fard illumi­na­teur de la spiritualité plaqué sur les verrues purulentes de l'obscurantisme le plus matérialiste et le plus vénal.

Tout au long de son histoire, l'Église s'est flanquée d'organisations souter­raines dont l'existence se justifiait moins par l'étude des mystères religieux que par la mise en action de manœuvres propres à étayer son appétit de pouvoir.

Dès l'an de grâce 154O, le pape Paul III fonda l'ordre des jésuites à partir d'un groupuscules d'intégristes précoces rassemblés six ans plus tôt par un mili­taire espagnol réformé du nom d'Ignace de Loyola qui, sans cette malencontreuse initiative, serait demeuré dans un anonymat mérité. Cette horde de fanatiques fit rapidement des émules et peut de quelque manière être considérée comme une résurgence des ordres chevaleresques du Moyen Âge. A leur tour, les jésuites servirent de bras séculier à la papauté et leur comportement ô combien contro­versé traversa les époques à la façon de flèches empoisonnées dont les toxines distillèrent lentement une pédagogie fondée sur la primauté chrétienne et sur l'intolérance religieuse même si, par leurs côtés rigoureux et approfondis, les ensei­gnements donnés dans leurs écoles ne sont pas dénués de valeur intellectuelle. Au XVIe siècle, les jésuites participèrent activement à la Contre-Réforme lancée contre les luthériens et à la tentative de reconquête des territoires passés à l'en­nemi.

À peu près en même temps qu'apparaissait en France le Mouvement Sy­narchiste d'Empire (voir plus haut) jaillissait en Espagne ce monument de l'hypocrisie bourgeoise et catholique qui porte le nom d'Opus Dei. C'est dans le jeune cerveau de monseigneur José-Maria Escrivá de Balaguer (qui n'avait alors que vingt-six ans) que germa la sanctifiante idée de fonder une société capable, selon les dictionnaires, « de donner à ses membres, laïcs et ecclésiastiques, les moyens d'agir selon l'Évangile dans leur vie familiale, sociale, professionnelle ou politique ». Quel beau pro­gramme, n'est-il pas ?

Hormis le politique qui coiffe tous les autres, il est facile de lire derrière les trois premiers secteurs évangélisables et en les prenant dans un ordre différent de leur énoncé ce beau slogan pétainiste : «Travail, Famille, Patrie.» Vous voyez bien que tout est dans tout et réciproquement...

Pour résumer la si belle morale de ces si beaux messieurs de l'Opus Dei on peut dire sans se risquer à la moindre extrapolation tendancieuse que, pour ce qui concerne la vie familiale, il s'agit de maintenir l'épouse dans sa fonction ances­trale de simple pondeuse et de faire de ses enfants de bons et fiers chrétiens loin des tentations marxistes, que, pour ce qui regarde la vie sociale, il faut veiller à maintenir les distanciations éprouvées entre les riches et les pauvres loin des élucubrations communistes, enfin que pour ce qui intéresse la vie professionnelle, il y a lieu de squattériser sans faiblesse les situations rentables et faire la courte échelle aux membres de l'organisation dont on ne saurait ignorer par ailleurs la supériorité en tous domaines et dont on est assuré qu'ils ne prêteront pas une oreille complaisante aux délires socialistes.

Naviguer de conserve avec le bateau catholique qui, en raison de l'entête­ment rétrograde de son commandant, prend l'eau de toutes parts et menace de couler est une des missions dévolues à « l'Opus Dei » dont les membres portent la bonne parole dans les milieux huppés qu'ils fréquentent habituellement. Mais ce glorieux apostolat n'interdit quand même pas de vaquer à ses petites et grandes magouilles, un pied dans l'économie, l'autre dans la politique, car on n'ignore pas que, comme le disait si bien le jésuite Teilhard de Chardin : « Tout ce qui monte converge ». Ce qui, dans l'esprit des affairistes opusiens, se traduit par la recher­che perpétuelle de la convergence entre les finances et la politique dont l'entraide mutuelle n'est plus à démontrer.

Soutien presque inconditionnel du franquisme le plus dur, « l'Opus Dei » a dé­bordé les frontières espagnoles pour se propager dans les sphères patronales du monde capitaliste.

Strictement hiérarchisé comme il en est de toute organisation secrète, on trouve en gravissant les marches de la pyramide des simples coopérateurs ou col­laborateurs auxquels on ne demande que le versement régulier de cotisations et de dons, les surnuméraires dont certains peuvent acquérir la prêtrise sans toute­fois abandonner leurs obligations civiles, enfin, les prélats qui sont les véritables directeurs de l'Ordre.

Dans son «Guide des sociétés secrètes» (Éditions Philippe Lebaud, Paris 1989), mon ami Jean-Pierre Bayard écrit, page 2O2 :

« Parmi les surnuméraires, certains entrent dans la voie sacerdotale ; ils deviennent prêtres tout en continuant d'exercer leur profession. On trouve des médecins-prêtres, des avocats-prêtres, des ingénieurs-prêtres, des professeurs-prêtres. L'Opus Dei pénètre ainsi dans des milieux particu­liers ; ces membres détachés ont une action propice à la démarche de leur ordre, action d'autant plus efficace que ces hommes occupent de hautes positions et qu'ils ont l'obligation de taire leur appartenance.

« Les membres conservant le secret de leur affiliation, ne se connaissent guère entre eux, n'ayant de relations qu'avec leurs supérieurs directs [...] La véritable direction est assurée par les prêtres constitués en «Société sacerdotale de la Sainte-Croix». Ils jouent un rôle important dans la politique d'extrême droite.

« L'influence de l'Opus Dei a été considérable en Espagne, principalement dans le domaine financier. De nombreux ministres paraissent avoir ap­partenu à cet Institut. Introduit en France en 1938, son activité ne s'est fait sentir qu'à partir de1954.

« L'Opus Dei aurait environ 70.000 membres, environ 1.000 prêtres répar­tis dans 80 pays... La France compterait sensiblement 1.300 membres. »

On a jadis avancé quelques noms de politiciens et décideurs français con­nus qui auraient partie liée avec « l'Opus Dei ».

Je ne saurais quitter ce sujet sans dire un mot à propos d'une autre so­ciété secrète très proche du Vatican et qui eut il y a quelques années les honneurs de la une des journaux. Je veux parler de la fameuse « Loge P2 », joyau du pourris­sement des institutions italiennes.

Les membres de cette loge qui n'a de maçonnique que la vitrine se recru­tent parmi les personnalités influentes de la politique et de l'économie transalpi­nes. Impliqués dans de multiples scandales, ces hommes peu regardants sur leurs fréquentations et encore moins sur la déontologie initiatique des francs-maçons entretiennent des liens très serrés à la fois avec la Mafia, société secrète crimi­nelle, et avec le Saint-Siège. Les banquiers-monsignori de l'Église n'ont jamais craint de se compromettre avec ces voyous dans la mesure où ils leur permettaient de grossir les coffres de la Banque du Saint-Esprit pour la plus grande gloire de Dieu... On sait que l'argent n'a pas d'odeur ce qui évite de le confondre avec l'en­cens...

Aux lecteurs curieux de ces péripéties mystico-financières je conseillerais vivement la lecture de deux ouvrages édifiants et fort bien documentés. Ô Vati­can !, signé par un journaliste étatsunien du nom de Paul Hoffmann, livre quelques aspects intimes de la vie vaticane marquée par l'omniprésence de l'Opus Dei que certains surnomment par dérision l'Octopus Dei, littéralement la « pieuvre de Dieu ». Au nom de Dieu est dû à la plume curieuse et persévérante d'un journaliste britannique David Yallop qui, partant des circonstances mystérieuses qui ont entouré la mort de Jean-Paul Premier, poursuit ses investigations dans ce marais nauséabond où se retrouvent la Loge P2, la Mafia, l'Opus Dei, la Banco Ambrosiano et de pittoresques personnages tels que Monseigneur Marcinkus, le banquier Ro­berto Calvi et leurs complices internationaux.

M O O N

Plus médiatique que les autres, la secte du Révérend Sun Myung Moon a fait couler des hectolitres d'encre et vendre des tonnes de papier. Natif du « pays du matin calme », cet aventurier de haut vol autobaptisé Nouveau Messie a su conquérir le monde occidental à commencer par le terrain étatsunien sur lequel les élucubrations religieuses ou périreligieuses poussent aussi aisément que la mauvaise herbe. C'est d'ailleurs en ce pays si accueillant aux escogriffes de la spiritualité que le Sud-Coréen installa son état-major et les sièges sociaux de ses multiples sociétés philosophico-commerciales et multinationales qui lui permirent d'acquérir en peu d'années une fortune exceptionnelle.

Il faut dire que ce Moon, plus malin que la moyenne de ses confrères, a débarqué dans ce grand pays avec un slogan qui ouvre toutes les portes : « À bas le communisme ! ». Depuis le maccarthysme des années cinquante et la chasse aux sorcières qui, avec la guerre du Viêt-Nam, ont constitué les heures les plus honteuses de l'histoire moderne des États-Unis, l'anticommunisme est considéré à l'égal d'un sésame. La grande majorité des sectes, des sociétés secrètes et des sociétés initiatiques étatsuniennes, quelles que soient par ailleurs les origines dont elles se réclament, ont eu l'habilité d'inscrire la haine du communisme au frontispice de leurs professions de foi et cela n'est pas sans expliquer à la fois leur remarquable prolifération et la grande tranquillité dont elles jouissent de la part des pouvoirs publics qui ferment les yeux sur la nature de leurs activités, à l'exception toutefois du fisc dont les agents préfèrent recevoir les deniers que les bonnes paroles.

Réécrivant à sa manière l'histoire de l'humanité, Moon n'hésitera pas à pondre les lignes suivantes dans lesquelles la mauvaise foi le dispute à l'ignorance:

« La révolution étasunienne, entreprise par d'ardents chrétiens motivés par un idéal religieux, réalisa le type Abel de démocratie. La Révolution française, née dans la violence et brisée dans la violence, réalisa le type Caïn de démocratie, dont devait procéder le mouvement du communisme. »

Ce beau morceau de rhétorique appelle trois observations :

- d'abord, de quoi se mêle le révérend ?

- ensuite, que penser des ardents chrétiens qui ont génocidé les autochtones du continet américain ?

- enfin, qu'attend ce zigoto pour démontrer les liens de filiation directe qui unissent le communisme à la Révolution française ?

Si j'ai voulu reproduire ce passage des fortes pensées du nouveau messie, c'est parce que, à défaut d'être convaincantes, elles permettent mieux qu'une longue apologie, de situer le personnage. Et, par la même occasion, le niveau intellectuel et critique des obsédés de l'anticommunisme qui l'écoutèrent et l'accueillirent comme un prophète. Et pendant que ces imbéciles buvaient ses paroles insipides, le révérend vaquait consciencieusement à ses affaires et s'employait à monter un empire économique qui lui assurerait une existence des plus confortables.

Revenons un peu en arrière. C'est le 1er mai 1954 que naît officiellement dans une mansarde de Séoul l'A.U.C.M. (lire l'Association du Saint-Esprit pour l'Unification du Christianisme Mondial). Vingt-deux ans plus tard, son fondateur, Moon, achètera un hôtel de deux mille chambres à Manhattan pour loger les cadres de son organisation. La question reste toujours posée de savoir si Moon a choisi de s'établir aux États-Unis parce que « Dieu a choisi ce pays pour assumer la responsabilité historique de restaurer son royaume sur terre » ou bien en raison de la légendaire naïveté philosophique du peuple qui y vit. De cette base complaisante, le révérend étendra sa toile d'araignée sur les autres continents : mais comme le temps et la place me manquent pour passer en revue les filiales de l'AUCM, je m'en tiendrai pour l'essentiel à ses pseudopodes français qu'il n'est pas inintéressant de visiter.

En vérité, le programme mooniste se déroule sur trois plans : religieux (d'où la fondation initiale d'une secte et la référence à une hypothétique unification du christianisme mondial), économique (d'où la multiplication des sociétés commerciales qui vendent de tout et du vent), politique (d'où les déclarations enflammées contre le communisme, car pour réussir en politique il est indispensable d'enfourcher un cheval de bataille). Ces trois plans ne sont que les trois marchepieds dont Moon avait besoin pour satisfaire ses appétits de pouvoir.

L'affaire Moon-France éclata sur la place publique quand, sur commission rogatoire d'un juge d'instruction bisontin dont la curiosité avait été aiguisée par une banale affaire d'enlèvement d'une jeune fille par ses parents qui voulaient la soustraire à une secte, les policiers débarquèrent dès potron-minet dans les centres moonistes. Cela se passait le 8 juin 1982, c'est-à-dire treize mois après l'arrivée aux commandes des socialistes, ce qui est de nature à ôter tout caractère fortuit à cette opération d'envergure quand on sait que, face aux agissements de l'AUCM, les gouvernements précédents avaient affiché une indifférence bienveillante. 

Les rapports remis au juge d'instruction sont accablants. Ils laissent apparaître clairement que l'AUCM n'est pas « une association à but non lucratif régie par la loi de 1901 mais une véritable entreprise commerciale », que « son message spirituel sert de paravent à des transactions qui se soldent par un profit annuel de 1.000.000 de francs » (environ 150.000 euros), que « aucune assemblée générale des membres ne se tient, qu'aucune reddition de comptes n'a lieu et qu'aucun vote n'intervient ». Mais ce que l'enquête judiciaire ne dit pas car elle s'arrête en chemin, c'est que, si derrière le paravent religieux se dissimulent de grosses affaires commerciales, celles-ci, à leur tour, servent de paravent à des tractations politiques que, de son propre aveu, le révérend conduit dans le but de « construire une théocratie mondiale sur les ruines du socialisme ».

Cet anticommuniste alimentaire a construit son organisation sur le modèle des poupées russes, ce qui est un comble...

Je ne veux pas m'attarder sur les aspects purement commerciaux des filiales de la secte. On y importe des produits extrême-orientaux, tel le ginseng, plante aphrodisiaque fort prisée, dit-on, ou de la bijouterie fantaisie, on y imprime des journaux, tel le Nouvel Espoir, magazine luxueux vendu à la criée et seulement vingt francs par de jeunes moonistes, etc. Les bénéfices sont énormes pour la raison très simple que tous les employés de ces sociétés sont des moonistes et que les moonistes travaillent presque gratuitement.

Plus édifiants sont les versants politiques de la montagne Moon. Ses liens avec la droite et l'extrême-droite françaises ne sont pas un secret et ne surprennent personne. Dans la mouvance mooniste, on rencontre des personnages divers mais bien connus du public français. En 1983, une réception offerte à l'hôtel Sofitel de Paris voit s'approcher du buffet le général Pierre Gallois, représentant l'inénarrable Marie-France Garaud qui s'était prudemment excusée au dernier moment, Jacques Soustelle et Philippe Malaud. Quelques jours plus tard, c'est au tour de Jacques Toubon de recevoir en la Mairie de Paris le bras droit de Moon bien que cet honneur était primitivement réservé à Alain Juppé. Aux habitués des fastueuses réceptions moonistes, se joindront plus tard à l'hôtel Meurice le baron Yves le Mauff de Kergal de la Chataigneraie (j'espère n'avoir rien oublié) et Olivier Giscard d'Estaing, frère de V.G.E. C'est d'ailleurs avec l'aide active de ces deux personnages que la secte se rendra acquéreur de l'hôtel Trianon-Palace qui jouxte le château de Versailles.

En septembre 1985, CAUSA, une des nombreuses filiales du moonisme, déposa à la Préfecture de Police de Paris les statuts d'une association dénommée « S.O.S. - Droits de l'homme ». Comme on l'aura deviné, il ne s'agissait que des droits de l'homme en U.R.S.S… À la veille de l'arrivée à Paris en voyage officiel de Mikhaïl Gorbatchev, cette association organisa une grande manifestation au Trocadéro à laquelle participaient des personnalités réputées pour leur humanisme inconditionnel tels Jacques Médecin et quelques autres.

Est-il besoin de préciser que les honorables membres du Club de l'Horloge, du Front national, et autres organismes peu fréquentables ont toujours entretenu des liens d'amitié avec les moonistes ? Sans oublier l'inévitable Pauwels que, pendant une quarantaine d'années, on a retrouvé dans tous les coups tordus.

 Ne pouvant se dispenser de placer ses pièces dans ce que les Étatsuniens appellent le quatrième pouvoir, c'est-à-dire la presse, Moon s'empara d'un journal en difficulté financière : le Washington Times dont il rêvait de faire un grand média international. Les exemplaires de ce journal destiné en priorité aux hommes d'affaires et aux milieux financiers seraient transmis dans le monde entier par satellite et imprimés sur place. Pour la France, il prit contact avec le groupe Hersant dont on connaissait la voracité journalistique, et c'est Alain Griotteray qui, en septembre 1983, fut chargé de lancer les premiers jalons d'une éventuelle collaboration. Moon tenait beaucoup à la réalisation de ce projet mais Hersant, déjà sur la sellette pour diverses autres affaires gênantes, fit preuve de prudence et jugea qu'il était urgent d'attendre. En titrant à la une, le 16 mai 1984, « Cette fois, Hersant collabore avec le Nouveau Messie », le «Canard Enchaîné» donna le coup de grâce à ce projet qui aurait fait d'un important groupe de presse français le porte-voix de la secte mooniste.

En Amérique du Sud, la pieuvre mooniste étend ses tentacules sur tous les partis d'extrême-droite : elle y possède des journaux, des chaînes de télévision, des sociétés financières et commerciales, des banques. Elle participe activement aux côtés de la CIA au maintien de l'ordre dans des pays où la misère et la désespérance conduisent parfois à la révolte.

Cette visite dans la secte Moon ne serait pas complète si j'oubliais de mentionner les liens du révérend avec les cadres intégristes de l'Église romaine. Soutenu par les éléments les plus réactionnaires des Églises sud-américaines en lutte contre la théologie de la libération et conduits par monseigneur Plaza, archevêque argentin de La Plata, Moon entreprit, au début des années quatre-vingt, un rapprochement avec Jean-Paul II. Dans l'un de ses journaux de langue espagnole, il fit publier cette déclaration :

« Pour tous ceux qui sont conscients de la menace que représente le communisme athée pour les chrétiens d'aujourd'hui, l'ascension du pape Jean-Paul II au leadership ecclésiastique constitue un acte de Dieu... L'archevêque de La Plata joue un rôle très important dans l'effort du Saint-Père visant à démontrer que communisme et christianisme sont incompatibles... »

Et pour mieux s'attirer les bonnes grâces du clergé argentin, Moon, toujours généreux, fait un don de 120.000 dollars pour créer une chaire de journalisme à l'Université catholique de La Plata. Renvoyant l'ascenseur, le recteur de ladite Université déclara sans rire : « Nous avons constaté que nous avions des intérêts communs[...]. Il faut donc chercher à s'allier avec ceux qui vous sont philosophiquement proches. »

Ce philosophiquement est admirable !

Cela étant dit, il me paraît pleinement naturel que la vacillante Église catholique romaine ait envisagé de pactiser avec Moon. N'ont-ils pas lutté de concert pour la chute du communisme, la CIA formant le troisième côté du triangle ?

Mais ceci est une autre histoire...

Yves-Fred Boisset 

 
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