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Sectes et sociétés secrètes - 3. Libre réflexion sur le secret Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Yves-Fred Boisset   

SECTES, SOCIÉTÉS SECRÈTES

ET SOCIÉTES INITIATIQUES

LIBRES REFLEXIONS SUR LE SECRET

Comme je l'ai évoqué plus haut, le secret est le grand moteur des sectes, des sociétés secrètes et des sociétés initiatiques. Et à cela il y a trois grandes rai­sons.

En premier lieu, il faut savoir que, à juste titre ou non, ces organisations clandestines ou semi-clandestines se sentent menacées. Il leur paraît donc de toute première nécessité de conserver secrets aussi bien les lieux et dates de leurs réunions que les noms de leurs membres et, bien entendu, la teneur des propos qui s'échangent dans leurs cénacles. Par voie de conséquence et en se plaçant dans leur logique, on peut comprendre que les traîtres, les donneurs, soient châ­tiés de façon exemplaire, l'assassinat, souvent maquillé en accident, étant la règle. Cette fâcheuse coutume concerne les organisations les plus dures. Dans des cas moins extrêmes, on se contente de changer les domiciliations et les signes de re­connaissance.

Par ailleurs, le secret partagé conduit ses détenteurs à se convaincre qu'ils font partie d'une élite, ce qui est surtout valable dans les sociétés à façade initiati­que. Dans le système hiérarchique qui caractérise ces organisations, on multiplie les mots et signes secrets qui changent à chaque étage de la pyramide, ce qui a pour double effet de stimuler les adeptes en se jouant de leur curiosité et de pro­téger plus efficacement les tireurs de ficelles dont le membre «» ignore le nom­bre et, à fortiori, les noms et qualités civiles.

Enfin, il faut savoir que le secret eut jadis valeur de protection profes­sionnelle. Dans cet ordre d'idées, on peut prendre pour témoins les fameux secrets des anciennes confréries de métiers qui n'étaient communiqués qu'avec un luxe de précautions à des néophytes éprouvés et au cours de cérémonies dont le point fort résidait dans le serment prêté sur les Écritures. On pense plus particu­lièrement aux bâtisseurs de cathédrales qu'une abondante littérature a fait mieux connaître encore que l'on doive soupçonner certains auteurs d'en avoir passable­ment ra­jouté. Ces artisans et ouvriers conservaient jalousement les secrets de leur art dont la divulgation aurait mis en péril l'exercice de leur profession. Il s'agissait avant tout de défendre le gagne-pain et, en vertu de cette obligation vi­tale, il était hors de question de laisser se développer le do it yourself et d'accep­ter que n'im­porte quel bricoleur construisît sa... petite cathédrale..

À propos de la franc-maçonnerie, il faut reconnaître que, quoi qu'en disent ses détracteurs ou les gens mal informés par une certaine presse plus soucieuse de flatter l'émotivité de ses lecteurs que de les informer, elle ne saurait être ré­per­toriée dans le catalogue des sociétés secrètes et encore moins dans celui des sec­tes puisqu'elle est constituée en associations dites 19O1, que les sièges de ses di­verses obédiences ont pignon sur rue et figurent dans tous les annuaires comme dans le minitel et sur l’internet et que ses membres éminents ne font guère d'efforts pour cacher leur appartenance. La clandestinité  maçonnique n'est apparue que dans des épo­ques troublées, la plus récente étant celle des années noires de l'Occupation quand, avec la bénédiction complice du « malsain-siège », les nazis et leurs alliés vichystes poursuivaient les francs-maçons en même temps que les juifs et les communistes. Les maçons fonctionnaires furent radiés et l'appartenance à l'Ordre, si elle était connue, constituait une circonstance aggravante pour les résistants ar­rêtés.

 Dans nos sociétés démocratiques où les majorités sont censées avoir raison même quand elles se trompent, il est toujours difficile et inconfor­table d'appartenir à la minorité. Pourtant c'est sur ce paradoxe que les sectes, les socié­tés secrètes et les sociétés pseudo-initiatiques fondent leur succès car, dans l'esprit de beaucoup de nos semblables, se ranger sous la bannière d'une organisation paral­lèle et confidentielle confère le sentiment de s'élever au-dessus des masses ordi­naires et de s'écarter du troupeau.

Autre paradoxe non moins surprenant : les impétrants qui sollicitent leur admission dans l'une ou l'autre de ces organisations s'apprêtent, en raison même du caractère secret de leur appartenance éventuelle, à plonger dans un anonymat inhérent à leur nouvelle condition (puisque dans beaucoup de cas il leur est interdit de se dévoiler y compris aux intimes) alors qu'ils sont motivés pour la plupart par le désir d'échapper à l'anonymat d'une existence terne et sans projets, au ron-ron professionnel ou (et) familial, à la fadeur d'une existence qui coule au rythme lancinant des années qu'on effeuille en regardant passer des saisons mo­nochromes.

Si l'on fait abstraction de quelques sociétés secrètes faites sur mesure pour les décideurs qui s'y rencontrent dans un esprit de coterie, de quelques sectes ouvertes aux paumés, naufragés d'un navire qui ne freine jamais sa course vers des lendemains qui ne chanteront plus, de quelques entreprises criminelles mas­quées derrière des idéaux mysticopolitiques, on doit convenir que les organisa­tions sectaires et secrètes constituent des véhicules propres à favoriser l'esprit de clan qui sommeille au profond de nos êtres. La Société, avec un grand «S» fait peur à beaucoup d'entre nous car elle est rude et exigeante. Tous ne sont pas suffi­samment matures pour l'affronter, tous ne sont pas assez armés pour s'y aventurer avec détermination et trop d'êtres se brisent à se croire indomptables et à vouloir marcher de ce pas solitaire que scande joliment un chant de liberté.

Les organisations sectaires et secrètes permettent aux êtres faibles de s'identifier en croisant chaque jour des êtres aussi faibles qui leur renvoient l'image de ce qu'ils sont déjà, enlisés lentement dans un irréversible clonage.

 Dans une des ses envolées lyriques qu'il cultivait jusqu'à l'excès, André Malraux a prophétisé que le XXIe siècle sera spirituel. Sans doute l'auteur de « l'Espoir » péchait-il par un abus d'optimisme car, alors que nous abordons aux rives de ce XXIe siècle, nous assistons plutôt à l'explosion anarchique du fait religieux en une gerbe d'organisations sectaires et pseudoinitiatiques qui viennent occuper le terrain laissé en jachère pas des religions vidées de leurs substances et devenues asynchrones par leur refus de prendre en considération l'évolution des êtres, de leurs besoins et de leurs désirs. Si les religions n'ont pas été capables de protéger et de promouvoir l'Esprit, c'est-à-dire la partie subtile et évolutive des êtres matériels qui n'a rien de commun avec les fadaises catéchistiques et théologiques, je ne pense pas que les sectes et autres sociétés prétendues initiatiques puissent y parvenir, car c'est avec la raison et la connaissance que l'on fait avancer la caravane humaine et non point avec des prières, des cantiques, des disciplines abrutissantes et avilissantes et, éventuellement, des paradis artificiels. Mais il est vrai que le but poursuivi n'est point l'évolution de l'homme mais son imbécillisation, ce qui s'inscrit dans le cadre d'un complot orchestré

À présent, je vous convie à visiter quelques unes de ces organisations choisies presque au hasard.

Yves-Fred Boisset 


 
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