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Écrit par Yves-Fred Boisset   

LA VOIE CARDIAQUE ET LA VOIX INTÉRIEURE

« Ma tâche dans ce monde a été de conduire l’esprit de l’homme par une voie naturelle aux choses surnaturelles qui lui appartiennent de droit, mais dont il a perdu totalement l’idée, soit par sa dégradation, soit par l’instruction fausse de ses instituteurs. »

Cette citation est extraite de la lettre n° 1135 que Louis-Claude de Saint-Martin écrivit en janvier 2003, quelques mois seulement avant sa disparition survenue le 13 octobre de la même année.

Si j’ouvre ce court article par cette citation, c’est parce qu’elle fait très nettement allusion à la voie cardiaque dont Saint-Martin se fit l’apôtre et qui sera reprise un siècle plus tard par Papus et par ses disciples, les martinistes, entre autres.

Nous reviendrons sur les particularismes attachés à cette voie cardiaque.

Mais, d’abord, voyons ce que l’on entend vulgairement par cette formule.

Il est vrai que, si l’on s’en tient à un examen sommaire, on pense immédiatement à la charité, relayant ainsi les expressions bien connues : « Il a bon cœur » ou, encore, « il a le cœur sur la main ». Autrement dit, il pratique la charité et a fait sienne ce commandement de Jésus-Christ : « Aimez-vous les uns et les autres ». Aimer tout le monde, c’est dire, à demi-mot, n’aimer personne, ce qui ne signifie pas non plus que l’on éprouve de la haine pour tous ceux que l’on n’aime pas. D’ailleurs, puisqu’on en parle, disons, entre parenthèses, que la haine n’existe pas en tant qu’entité ; la haine, ce n’est que le trou noir de l’amour !

Enfin, pour certains moralistes, il suffit de faire le bien autour de soi pour gagner le paradis. Si c’était si simple, ça se saurait !

Alors, voyons ce qu’est le cœur. Un viscère vital qui a pour fonction physiologique de propulser le sang, de réguler sa circulation dans toutes les parties du corps, même les plus éloignées et les plus reculées. Qu’est-ce que le sang ? Un liquide vital qui a pour mission de charrier les substances nécessaires à la vie : sucre, fer, magnésium, etc. (il y en beaucoup, des bonnes et des moins bonnes) dans les différents organes, sachant que le cerveau est le principal consommateur de ces substances. On sait que si le cœur s’arrête de battre, le cerveau cesse de fonctionner. L’électrocardiogramme et l’encéphalogramme ont partie liée.

Mais quand on parle de voie cardiaque, il va de soi qu’on ne saurait s’arrêter à ces quelques considérations physiologiques ; il faut aller plus loin.

Et, d’abord, se poser la question de savoir pourquoi le philosophe Louis-Claude de Saint-Martin a adopté cette formule avant de tenter de la sortir des banalités qui l’emprisonnent trop couramment.

On peut raisonnablement penser que ce fut par réaction aux voies opératives et théurgiques chères à Martinez de Pasqually dont il fut d’abord l’ami, le disciple, le compagnon, le secrétaire avant de dénoncer la vanité de ces opérations théurgiques, et, ce, non sans fondement.

Les opérations théurgiques promues, entre autres, par Martinez de Pasqually et pratiquées par les Élus-Coen, constituent ce qu’il est convenu d’appeler « la voie opérative ».

Bien qu’il eût tenté de la pratiquer au début de son cursus initiatique, Saint-Martin, peut-être déçu par des résultats peu convaincants, peut-être porté vers d’autres formes de recherche, abandonna cette voie.

Il déclara plus tard que, selon lui, cette voie ne menait à rien de bien certain et qu’il n’était pas nécessaire de se livrer à ces opérations contraignantes pour approcher Dieu. Et, si je peux me permettre d’émettre une opinion personnelle que je me suis forgée au travers de mes expériences initiatiques et de ma propre approche des choses de la spiritualité, je dirais qu’il avait mille fois raison.

Car, réfléchissons un peu. Rien n’indique dans les Écritures pas plus que dans la Tradition abrahamique que les hiérarchies dites célestes, tels les anges, archanges, séraphins, chérubins, etc., comme les esprits non incarnés qui volètent dans les espaces mal définis de l’astral, sont d’une essence supérieure à l’homme, lequel, nous dit-on, dans la Genèse, a été fait par Dieu à l’image de Dieu et qu’il en était son représentant sur la Terre, destiné à dominer toutes les autres créatures. On sait qu’il a perdu son pouvoir quand celui-ci lui est monté à la tête. C’est un phénomène bien connu et qui se vérifie dans la vie courante.

Aussi, Saint-Martin ne pensait pas qu’il était nécessaire d’invoquer ces intermédiaires pour se rapprocher de Dieu, dont nous sommes encore, malgré la Chute et les prévarications commises, les interlocuteurs privilégiés. C’est ce qu’exprime la sagesse populaire quand elle dit : « Il vaut mieux s’adresser au Bon Dieu qu’à ses saints ».

Donc, Saint-Martin, ayant certainement mené la même réflexion, rejeta toute cette panoplie opérative pour suivre une voie, à ses yeux plus saine, qui était fondée sur la prière (pas celle des lèvres, mais celle du cœur), la méditation et sur le message du Christ dont, il faut le dire, Martinez de Pasqually, kabbaliste pour l’essentiel, ne fut pas un grand propagateur.

Mais cela n’explique toujours pas la signification de « voie cardiaque ».

Et pourquoi pas la « voie intellectuelle » ? Ou la « voie rationnelle », déjà fort prisée en son époque ?

Cette formulation nous pose une question. La question du siège de l’âme. En effet, où se trouve l’âme ? Où réside-t-elle ?

Les carabins comtistes, c'est-à-dire positivistes, vous disent avec moquerie qu’ils n’ont jamais rencontré l’âme sous leurs scalpels. C’est vrai. Mais on peut leur faire observer qu’ils n’ont pas davantage rencontré sous leur bistouri la pensée, la mémoire, l’imagination… Pourtant, ils ne nient pas ces facultés abstraites qui le sont au moins tout autant que l’âme.

Le siège de l’âme ? Ou, plus précisément, de cette étincelle photonique et vibratoire qui est projetée par l’âme universelle en chacun de nous. Et, quand je dis en chacun de nous, je parle, bien sûr, des membres de tous les règnes : humain, animal, végétal et minéral.

Rien n’indique que cette étincelle, que d’autres traditions appellent la « shékinah », réside dans le cerveau, siège des facultés intellectuelles. Peut-être se trouve-t-elle à l’extrémité d’un rayon (que d’autres et, plus particulièrement les rosicruciens, appellent « le cordon d’argent ») qui aboutit au centre de la poitrine, siège des émotions et des facultés psychiques ? À moins que cette étincelle d’âme ne se trouve tout bonnement cachée dans notre chakra cardiaque (Anahata) ou, pourquoi pas, au centre de notre jardin secret, dont on ne doit autoriser l’entrée à qui que ce soit : gourou, directeur de conscience, psy (chologue, chanalyste ou chiatre), enfin à tous les psy.

Le psychisme est une affaire bien trop sérieuse pour être confiée aux personnages sus-cités, quelles que soient par ailleurs leurs qualités et leur probité intellectuelle . Ce mot, psychisme, trouve son étymologie dans le grec « psyché » qui, justement, signifie « âme ». La psyché est aussi une sorte de miroir pivotant et nous savons l’importance du miroir dans les chemins initiatiques.

Sans les facultés émotionnelles, plus de musique, même si c’est le cerveau qui dépose les notes sur les portées ; plus de poésie, même si les mots se combinent dans le cerveau ; plus d’art, même si les couleurs et les formes s’harmonisent dans le cerveau.

Je sais bien que cela ne prouve rien. Cependant, Saint-Martin était un homme réfléchi et le choix de cette formulation de « voie cardiaque » ne peut être due au hasard.

Car, au lieu d’aller chercher dans on ne sait toujours pas quelles régions éthérées l’accomplissement aventureux et aléatoire de ses désirs spirituels, nous pouvons écouter la « voix intérieure » qui, elle aussi, monte des centres psychiques. Ne nous emballons pas. Rien ne nous permet d’avancer qu’il y ait un lien, même ténu, entre la présence éventuelle de l’âme dans la région cardiaque et cette « voix intérieure » qui se rapporte à notre intuition.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit.

En effet, les mondes invisibles et mystérieux, dans l’hypothèse de leur existence, ne sont pas forcément à rechercher à l’extérieur de nous-mêmes mais, plus sûrement, à l’intérieur de nous-mêmes. Il en va de même des clefs qui ouvrent à deux battants les portes de la connaissance qui, redisons-le, mais on ne le dira peut-être jamais assez, n’est pas le savoir. En tout cas, qui lui est d’une nature bien supérieure.

« Homme, connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’Univers et les dieux ».

Cette étincelle de lumière, qui vacille dans les ténèbres de notre matière ténébreuse qui ne l’ont point saisie et encore moins éteinte, contient sans doute les grands secrets de la vie éternelle que nous connaîtrons quand les milliards d’étincelles d’âme projetées dans l’univers auront rejoint l’âme universelle que l’on pourrait appeler aussi « l’âme-mère ».

Yves-Fred Boisset

 
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