| France Spiritualités |
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| Écrit par Yves-Fred Boisset | |
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Entrevue avec Yves-Fred Boisset Yves-Fred Boisset, responsable de la célèbre revue traditionnelle L'Initiation fondée par Papus en octobre 1888, a accepté de retracer en quelques questions l'histoire de celle-ci et d'évoquer son renouveau actuel.
LA REVUE "L'INITIATION" France-Spiritualités : M. Boisset, bonjour. Pourriez-vous, pour commencer, nous résumer dans les grandes lignes l'histoire de la revue L'Initiation ? Yves-Fred Boisset : L'histoire de la revue L'Initiation tient en quatre dates : 1888, fondation par Papus ; 1914, arrêt de sa parution en raison de la guerre ; 1953, réveil par Philippe Encausse (fils de Papus) ; 1984, décès de Philippe Encausse. C'est à cette date que, selon son désir et avec l'accord des collaborateurs de la revue, m'est échue la responsabilité de poursuivre sa publication. Les livraisons effectuées entre 1888 et 1914 (dites de l'ancienne série) étaient mensuelles, chaque numéro comportant quatre-vingt-seize pages. En 1953, les premières livraisons de la nouvelle série furent peu de temps bimestrielles avant de devenir trimestrielles, le nombre de pages de chaque numéro variant en fonction des circonstances éditoriales et financières. Dès 1888, Papus avait su s'entourer d'auteurs traditionalistes avertis et fidèles qui avaient su donner à cette revue ses lettres de noblesse ; en 1953, Philippe Encausse a pu reprendre le flambeau en s'assurant, à son tour, la collaboration des meilleures plumes alors en activité. Sur la couverture des premiers numéros de l'ancienne série, on pouvait lire : Revue philosophique indépendante des Hautes Etudes : hypnotisme, théosophie, franc-maçonnerie, sciences occultes, ce qui en indiquait l'esprit et la vocation. Sur la couverture des premiers numéros de la nouvelle série, on lisait : Cahiers de documentation ésotérique traditionnelle. L'Initiation reste la plus ancienne revue ésotérique de langue française. F.-S. : Pourriez-vous nous donner des détails sur la mise à l'index de la revue par l'Eglise, qui s'est faite, sauf erreur, en juin 1891... sur les raisons avancées pour cette mise à l'index et sur les réactions de Papus et de ses amis ? Y.-F. B. : Je ne possède pas de détails sur cette affaire. 1891, c'est l'année de la création du Suprême Conseil et cela ne pouvait se faire sans attirer l'attention des autorités cléricales romaines qui ont toujours vu d'un mauvais œil les mouvements initiatiques, considérés en vrac comme hérétiques. Papus, qui avait la dent dure, n'avait pas ménagé dans ses écrits l'Eglise romaine qui, selon lui (mais il ne fut jamais le seul à le penser et à le dire), avait trahi la pureté du message chrétien, comme l'avait démontré en 1882 Saint-Yves d'Alveydre avec la Mission des Souverains. On peut imaginer aisément qu'une mise à l'index ne pouvait suffire à intimider Papus. F.-S. : Le fils de Papus, le Dr. Philippe Encausse, a relancé L'Initiation en 1953. Cet relance a donc accompagné, dans une certaine mesure, la remise sur pied de l'ésotérisme en France au sortir de la deuxième guerre mondiale. On trouvait ainsi au nombre des collaborateurs de la revue de grands noms tels Robert Ambelain ou Robert Amadou. Dans quel état d'esprit s'est faite cette renaissance ? Y avez-vous participé vous-même ? Y.-F. B. : Bien qu'elle ne puisse en être considérée comme le seul moteur, il est vrai que L'Initiation a participé activement à la renaissance de l'ésotérisme en France au lendemain de la seconde guerre mondiale. En effet, de grands auteurs, tels Robert Ambelain et Robert Amadou mais bien d'autres aussi, comme Pierre Mariel, Serge Hutin, Henri Bac, Victor Michon, etc., ont apporté leur soutien spontané à Philippe Encausse et ont orné de leurs signatures la nouvelle revue en ses premières années. En réveillant la revue, Philippe Encausse poursuivait un double objectif : restaurer la mémoire de son père Papus et faire connaître au plus grand nombre la pensée martiniste et maçonnique traditionnelle dans un esprit de tolérance absolue et de fraternité active. Je n'ai pas participé moi-même à ce réveil car je n'ai connu Philippe Encausse qu'en 1959. Je ne saurai jamais pourquoi il me prit aussitôt en amitié et m'accorda sa confiance en me demandant d'apporter mon modeste concours à la revue. A l'exception de quelques périodes pendant lesquelles mes activités professionnelles m'obligeaient à voyager fréquemment et me retenaient loin de Paris, je suis toujours resté fidèle à la revue et à Philippe Encausse qui, dans les dernières années de sa vie, était presque aveugle et avait besoin d'être entouré pour la réalisation de la revue. F.-S. : Dans quelles circonstances êtes-vous devenu rédacteur en chef de L'Initiation ? Y.-F. B. : Comme je l'ai dit plus haut, Philippe Encausse avait souhaité que je prenne la relève à partir du moment où il ne pouvait plus assurer lui-même sa tâche. Quand il passa de l'autre côté du miroir, le numéro 2 de 1984 avait été publié et nous mettions en chantier le numéro 3 à paraître fin septembre. Notre équipe se mit en devoir de réunir dans l'urgence divers témoignages sur Philippe Encausse afin de sortir un numéro spécial. C'est tout naturellement et sans aucune discordance que je devins alors rédacteur en chef, fonction que j'assume depuis cette date et à laquelle je consacre le meilleur de mon temps ; j'espère assumer cette tâche aussi longtemps que la Providence me le permettra. F.-S. : L'Initiation a été conçue, à l'origine, comme l'organe officiel de l'Ordre Martiniste de Papus. Depuis le deuxième numéro de 1999, elle est devenue "La revue du Martinisme et des divers courants initiatiques". Pouvez-vous nous expliquer les raisons de ce changement? Y.-F. B. : Il y a deux raisons à cela. D'abord, j'ai voulu revenir aux sources et, comme je l'ai rappelé plus haut, les sous-titres de la revue, tant en 1888 qu'en 1953, ne comportaient aucune mention concernant un ordre martiniste en particulier. Ensuite, je crois que la vocation de cette revue, telle que l'ont inspirée Papus et Philippe Encausse, chacun en son temps, est de s'ouvrir en permanence au plus grand nombre de cherchants en dehors de tout esprit de chapelle. Le martinisme n'est pas un système fermé et secret mais une voie initiatique ouverte à tous les êtres de désir quelle que soit leur sensibilité. Elle est donc indépendante de toute structure associative et mon propre statut de martiniste libre garantit aussi l'indépendance de la revue. F.-S. : Pouvez-vous définir les différents types de lecteurs intéressés par L'Initiation ? Y.-F. B. : Cette question recoupe en quelque sorte la précédente. Les différents types de lecteurs se rencontrent aussi bien chez les martinistes des différentes structures -- puisque l'on n'ignore pas que coexistent plusieurs ordres martinistes -- que chez les francs-maçons traditionalistes ou, encore, chez des personnes sans aucune attache particulière mais seulement curieuses de connaissance mystique traditionnelle. F.-S. : L'Initiation semble avoir pris une nouvelle dimension depuis cette année avec l'arrivée, parmi les collaborateurs réguliers, de chercheurs comme Serge Caillet, Jean-Christophe Faure ou Philippe Collin, pour ne citer qu'eux. Sommes-nous en train d'assister à une deuxième renaissance de la revue ? Y.-F. B. : Comme tout support de recherche, la revue évolue en permanence. Il est bien vrai que l'arrivée des trois chercheurs précieux et talentueux que vous citez est de nature à donner à la revue un nouvel essor qui s'accorde bien avec sa devise "Semper rectificando". Nous savons que nos lecteurs, dans leur grande majorité, apprécient les articles de ces nouveaux collaborateurs. F.-S. : De nombreuses revues ésotériques ont vu le jour et disparu après une vie plus ou moins longue. L'Initiation, quant à elle, est toujours là après pratiquement un demi-siècle d'existence ininterrompue et, si nous nous référons à sa date de fondation en 1888, elle est une des rares revues ésotériques chevauchant trois siècles. A quoi attribuez-vous cette longévité peu commune dans ce milieu ? Y.-F. B. : Il est difficile de répondre à cette question. On ne peut qu'émettre quelques hypothèses : peut-être la renommée de ses fondateurs successifs, peut-être son indépendance de fait comme d'esprit, peut-être le sérieux de ses articles ? Mais que se serait-il passé si la publication de la revue n'avait pas été interrompue en 1914 et si, au moins, les successeurs de Papus l'avaient reprise dès 1920 ? Or, ni Bricaud, ni Chaboseau, ni Blanchard n'y ont apparemment songé, à moins que l'entreprise ne les ait effrayés. F.-S. : Quel regard portez-vous sur le monde de l'initiation aujourd'hui ? Et quel rôle souhaitez-vous que la revue L'Initiation y joue ? Y.-F. B. : Il est de bon ton de dire que nous vivons une époque troublée. Certes, mais quel est l'historien professionnel qui pourra me dire s'il y eut jamais une époque non troublée ? La voie initiatique se situe en dehors et au-dessus des querelles religieuses dont on sait qu'elles ne sont généralement que le paravent qui cache pudiquement des rivalités politiques et économiques. Aujourd'hui, le monde de l'initiation doit poursuivre la voie traditionnelle et, pour nous, Occidentaux, cette voie est celle du christianisme éclairé, des gnostiques, des hermétistes, des cabalistes, des alchimistes, des rosicruciens (du XVIIe siècle), des francs-maçons et des martinistes. Il y a dans cette voie une continuité qui traverse notre culture depuis Pythagore et Platon jusqu'à nous. Aussi, me semble-t-il pour le moins aventureux d'aller chercher une hypothétique initiation dans des voies qui nous sont étrangères et qui se caractérisent par leur instabilité et un syncrétisme fâcheux. Dans cette perspective, la revue L'Initiation témoigne, d'une certaine manière, de la permanence traditionnelle occidentale. Au fait, ceci n'apporterait-il pas aussi une réponse à la question précédente ? F.-S. : Un certain nombre de chercheurs souhaiteraient vivement que les premiers numéros de L'Initiation, qui sont quasiment impossibles à consulter en bibliothèque, soient réédités. Est-ce que cela est envisageable ? Et si oui, l'envisagez-vous à court ou moyen terme ? Y.-F. B. : Envisager une réédition des premiers numéros de la revue n'est sans doute pas impossible mais représente cependant une opération de grande envergure et je doute fort qu'un éditeur accepterait d'en prendre le risque. Mais, bien sûr, si cela pouvait se réaliser un jour, j'en serais le premier heureux. F.-S. : M. Boisset, merci. Y.-F. B. : C'est moi qui vous remercie. Bien entendu, je demeure à votre disposition pour vous fournir toutes précisions que vous désireriez et que je serais en mesure de vous donner. |
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Le nouveau livre d’Yves-Fred Boisset (rédacteur en chef de la revue L’Initiation) est paru aux éditions Dualpha. Son titre : Saint-Yves d'Alveydre, une philosophie secrète ; la synarchie, l’archéométrie, les clefs de l’Orient. Ce livre présente l'intégralité de la pensée et de l'oeuvre de Saint-Yves d'Alveydre et présente pour la première fois son premier ouvrage : "Les clefs de l'Orient" assorti d'un commentaire exhaustif.
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